« FATOU DIOUF : QUAND L’ÉLEVAGE CAPRIN DEVIENT MOTEUR DE LEADERSHIP FÉMININ À NIAKHAR (FATICK) »

Nous l’avons retrouvé Centre Départemental d’Assistance et de Formation pour la Femme (CEDAF) de Fatick en train de donner une formation sur la transformation du lait local en yahourt. En tablier, foulard, masque au visage, Fatou est religieusement écoutée par les récipiendaires, essentiellement des femmes. D’allure nonchalante et svelte, Fatou Diouf est une femme d’une trentaine d’années dont le parcours singulier s’est forgé dans la patience et l’engagement. Depuis plus de quinze ans, elle évolue dans la transformation des produits laitiers dans la commune de Niakhar ou elle vit depuis son mariage avec un fils du village.

À une époque où peu de personnes croyaient au potentiel du lait local, encore moins à sa capacité à produire du yaourt sucré ou du fromage, Fatou a fait le pari inverse. Elle a appris, expérimenté et surtout convaincu. Grâce à l’accompagnement de l’ONG locale ANPDI, elle a sensibilisé les populations et démontré que la transformation locale pouvait être une opportunité économique viable, notamment pour les femmes.

En 2009, elle participe à la création de l’ARECAF, l’Association Régionale des Éleveurs Caprins de Fatick. De quinze groupements au départ, l’organisation en compte aujourd’hui quatre-vingt-treize. Une croissance qui témoigne à la fois de la crédibilité du projet et de la confiance accordée à son leadership.

De la contrainte à la reconnaissance nationale

Images de la formation dispensée par Fatou au CEDAF de Fatick

Les obstacles n’ont pourtant pas manqué. L’accès au marché reste l’un des défis majeurs, tout comme l’obtention du code FRA, indispensable pour la transformation et la commercialisation des produits laitiers. Une contrainte lourde pour de nombreuses femmes, freinées par la sensibilité du produit et le coût élevé des exigences réglementaires et des emballages. Fatou Diouf en fait un plaidoyer constant auprès des autorités.

Parmi ses plus grandes fiertés figure la vulgarisation de l’élevage caprin dans la région de Fatick, souvent présentée comme le miroir de l’élevage caprin au Sénégal, disait l’ancien ministre de l’élevage sous Macky Sall, Aminata Mbengue Ndiaye. Avec son groupement, elle a réussi à produire localement du fromage de chèvre, influençant d’autres transformateurs et changeant les habitudes de consommation.

Son engagement a été reconnu au plus haut niveau. En 2025, elle a été décorée par le Président de la République lors de la Journée nationale de l’élevage à Kaolack. Une reconnaissance qu’elle considère avant tout comme une motivation supplémentaire et un levier pour attirer de nouveaux partenaires.

Vitrine du l’élevage caprin au service de l’alimentation scolaire

A gauche, une femme productrice de lait caprin du village de Ngoyère – A droite, une chèvrerie de fortune du même village

L’impact le plus profond se mesure à Ngoyere, son village. À travers l’alimentation des cantines scolaires, puis la création d’une cantine financée sur fonds propres, elle a contribué à améliorer la nutrition et les résultats scolaires des enfants. Autour d’elle, les femmes se sont mobilisées, intégrées au GIE, produisant et transformant le lait, avec des retombées concrètes sur leurs conditions de vie.

Aujourd’hui, Fatou Diouf forme d’autres femmes dans la région de Fatick. Son objectif est clair : les voir produire, vendre et devenir autonomes. Faire d’elles des relais, capables à leur tour de transformer leurs communautés. Une vision qui donne tout son sens à l’année internationale des agricultrices.

Image de l’article : Fatou tient ici le prix reçu du cheffe de l’Etat du Sénégal.