Bureau d’analyses macro-économiques (BAME). Visitez ISRA.SN

Actualités-BAME

CRISE ALIMENTAIRE DANS LE MONDE : Les organisations paysannes indexent les multinationales

Dans le diagnostic de la situation alimentaire, chacun se renvoie la balle. Les organisations paysannes africaines, elles, n’hésitent pas à pointer du doigt sur les multinationales qui s’activent dans l’agro-business.

Publié le 23 avril 2008

Les producteurs africains tiennent pour responsables de la crise alimentaire qui sévit dans le monde, les multinationales. Ces dernières qui évoluent dans l’agro-business ont été accusées d’être à l’origine de la situation de pénurie qui frappe les pays africains les plus dépendants des importations. Lors d’un forum tenu ce lundi 21 avril à Accra-Ghna dans le cadre de la douzième session de la Conférence des Nations Unies pour le commerce et le développement (Cnuced), ouvert dimanche dernier, les organisations paysannes ont tenté de montrer « Comment l’agro-business peut provoquer une crise ».

Babacar Ndao, Appui technique du Réseau des organisations de paysans et producteurs de l’Afrique de l’Ouest (Roppa), avance que : « l’objectif de cette rencontre c’était de montrer à quel point la situation actuelle tient de la responsabilité des transnationales qui provoquent des crises quand et où elles veulent ». Selon lui, les grandes firmes font parfois de la « rétention de matières premières ». « On ne peut pas comprendre qu’on dise que l’Inde ou les Philippines n’exportent plus de riz alors que des paysans indiens se suicident faute de vendre leur production ».

Cependant, se borner à dénoncer les multinationales serait un peu simpliste, aux yeux de l’appui technique du Roppa. Il pense ainsi qu’il va falloir que les paysans prennent leur responsabilité. « Nous ne pouvons pas constituer l’écrasante majorité de la population et continuer à toujours souffrir le calvaire dans des pays qui, malheureusement, quelque soit leur bonne volonté, n’ont pu réussir à satisfaire ce qui est essentiel notamment la sécurité alimentaire ». Il faudrait, à son avis, commencer par régler le problème de la faim.
Sur la même lancée, Mamadou Cissokho, président d’honneur du Conseil national de concertation des ruraux (Cncr) du Sénégal, estime que « la première violation des droits de l’homme c’est la faim ». Selon lui, il faut amener toutes les institutions internationales à respecter le droit à l’alimentation. Malheureusement, « on constate que nos Etats ne sont pas en mesure d’assurer la sécurité dans nos pays », ajoute-t-il. Babacar Ndao enfonce le clou en déclarant qu’« On ne peut pas comprendre que nous constituons 65 à 70% de la population en Afrique de l’Ouest, que nous disposions d’autant de ressources humaines, que nous participions pour 35 à 46% dans les Pib de nos Etats et que les ministres des finances de l’Union africaine disent qu’ils ne peuvent pas mettre 10% du budget dans l’agriculture ». Devant l’inexplicable, Ndao pense que le moment est venu de s’attaquer à ce système ou « mafia » qui ne dit pas son nom. Pour lui, « la grande contradiction du monde c’est que ceux qui produisent de la nourriture sont très pauvres alors que ceux qui les vendent sont plus que riches ».

Pour leur part, les industriels qui ont participé à cette rencontre ont, à travers leurs interrogations, soupçonné une volonté des agriculteurs africains de vouloir lier la crise alimentaire à l’agro-carburant. Un postulat qui, selon M. Ndao, n’est qu’une manière pour les industriels de semer la confusion du moment que les producteurs africains n’ont jamais fait ce rapprochement. Pour lui, « ce qui n’est plus acceptable c’est de laisser les agro-business mener le monde par le bout du nez ».

Source : Sud Quotidien du mardi 22 avril 2008

Eau dans la vallée : Les mesures d’urgence du ministre de l’Agriculture

Publié le 23 avril 2008

Un dialogue de sourds s’était installé entre la structure d’appui qu’est la Saed et les producteurs de riz ‘en détresse’ à cause de la rareté de l’eau. La situation était devenue si catastrophique pour les cultures dans certaines parties du Delta, le ministre de l’Agriculture s’est rendu samedi dans la vallée du fleuve Sénégal. Et il a annoncé les mesures qu’il a prises pour que l’eau parvienne en quantité aux rizières.

SAINT-LOUIS – Arrivé en sapeur pompier dans le Nord du pays, après les multiples complaintes des producteurs de la région de Saint-Louis qui ne manquent jamais l’occasion d’attirer l’attention sur le manque d’eau qui plombe leurs activités agricoles, le ministre de l’Agriculture, Hamath Sall, a enlevé une épine des pieds de ces populations en prenant des ‘mesures pratiques à court terme’. Une visite qui arrive à son heure dans la mesure où un dialogue de sourds s’est installé entre la structure d’appui qu’est la Saed et les producteurs ‘en détresse’, étant entendu que les deux parties n’ont jamais pu émettre sur la même longueur d’ondes en dépit des différentes tentatives pour arrondir les angles.
Ainsi, après avoir visité et surtout écouté les uns et les autres, le ministre de l’Agriculture a ‘reconnu l’existence de tensions dans la disponibilité en eau’ avant de décider que la batterie de motopompes qui a été installée au niveau du chenal de Savoigne par les exportateurs horticoles qui vont finir leur campagne dans quinze jours, soit maintenue par la Saed et la Direction de l’horticulture qui devront continuer à assurer le pompage. Et précisera Hamath Sall, ‘nous avons aussi demandé à la Saed, de façon urgente, d’arrêter un programme spécial de faucardage, c’est-à-dire de nettoiement des différents adducteurs de manière à restaurer le débit de l’eau et la capacité. Mais ces mesures sont autant de solutions immédiates pour permettre aux producteurs en aval d’avoir suffisamment d’eau pour maintenir, dans des conditions satisfaisantes, leurs cultures au niveau différents périmètres’ explique-t-il.

Le ministre relèvera, dans la foulée que ‘le problème se pose parce qu’après les records de cette année, notre ambition, c’est de faire 30 mille hectares pour la prochaine campagne de contre-saison, plus que ce que nous faisons en hivernage. Il y a donc des solutions de fonds pérennes à envisager’. Et selon ministre de l’Agriculture, le Programme de développement des marchés agricoles et agroalimentaires du Sénégal (Pdemas), financé par la Banque mondiale, ‘va apporter une contribution à travers la réalisation du canal de Kankraye de 9 km, qui va assurer la jonction entre le fleuve et le Lampsar et permettre ainsi de relever le niveau de l’eau. Mais, malgré la diligence qui a été apportée à ce projet, il ne sera opérationnel que dans 18 mois. Nous avons donc demandé à la Saed de préparer un programme transitoire d’urgence à mettre en œuvre durant la prochaine campagne hivernale pour qu’à la contre-saison chaude de février 2009, nous soyons dans les conditions d’assurer ce développement de la riziculture, tout en apportant l’eau nécessaire’.
Expliquant, face à la presse, les raisons de sa présence, samedi, dans le Delta du fleuve Sénégal Hamath Sall a fait savoir être venu ‘essentiellement regarder les problèmes que rencontrent les producteurs sur l’axe Gorom-Lampsar, qui nous ont été rapportés et selon lesquels il y avait des tensions dans la disponibilité de la ressource en eau et que ceci pourrait compromettre les productions en cours de développement dans cette partie du pays. Nous avons estimé venir voir comment se pose le problème sur le terrain, rencontrer les producteurs, discuter, échanger avec et, à la suite de cela, prendre les dispositions qui s’imposent’. A ce niveau, le ministre de l’Agriculture a avoué avoir ‘constaté qu’il y a un problème de disponibilité de l’eau. Les raisons de cette situation proviennent de plusieurs niveaux’. Selon Hamath Sall, ‘les raisons les plus importantes, c’est que d’une part, de façon endémique, l’axe Gorom-Lampsar apparaît comme étant assez vulnérable du point de vue de la disponibilité de l’eau. De façon assez régulière, en contre-saison, il est arrivé que le problème se pose même s’il est vrai que cela ne s’est jamais posé avec l’ampleur connue cette année où nous avons une campagne de contre-saison exceptionnelle puisque le dernier comptage qui a été fait rapporte que les emblavures, pour ce qui est de la riziculture, ont franchi le cap des 13 300 hectares. Ce qui correspond à plus de quatre fois à ce qui se fait d’habitude. Rien que sur l’axe Gorom-Lampsar, où l’année dernière, ils ont emblavé 1 300 hectares, 5 500 hectares ont été emblavés, durant cette présente saison. Naturellement, durant la phase de mise en eau des rivières qui correspond à une demande très forte, on pouvait l’anticiper, pose un certain nombre de problèmes aux populations qui sont situées en aval’.
D’après le ministre de l’Agriculture, ‘la deuxième raison, c’est qu’en réalité, les typhas ont envahi les cours d’eau malgré les efforts qui ont été faits, notamment par la Saed et les unions de producteurs. Il se trouve simplement que cette plante a proliféré et gêne considérablement le débit des différents adducteurs et affluents’. Au passage Hamath Sall ajoute que ‘sur certains axes, notamment le chenal de Savoigne, qui est un chenal qui a été dimensionné pour supporter environ 300 hectares, il y a, aujourd’hui, 500 hectares qui y sollicitent les ressources en eau. Cela est dû à une certaine indiscipline qui s’est instaurée en ce qui concerne l’implantation des périmètres malgré les avis défavorables qui ont été émis et les mises en garde qui ont été formulées. Ce qui entraîne des situations de précarité, dès que le niveau de l’eau baisse, pour les populations qui sont sur des points hauts’.

Source : Walfadjri du mardi 22 avril 2008

Développement de l’élevage au Sénégal oriental et en Haute Casamance : Signature d’une convention de 2,5 milliards de la BADEA

Publié le 23 avril 2008

Le financement par la Banque arabe pour le développement économique en Afrique (Badea) d’un projet de développement de l’élevage au Sénégal Oriental et en Haute Casamance est vu comme une preuve du renforcement de la coopération arabo-africaine en général.
La Banque arabe pour le développement économique en Afrique (Badea) a accordé au Sénégal un prêt d’environ 2,5 milliards FCFA (6,2 millions de dollars US) pour un projet de développement de l’élevage au terme d’une convention signée hier à Dakar au siège du ministère de l’Economie et des Finances.

L’accord conclu entre le ministre de l’Economie et des Finances, Abdoulaye Diop et le directeur général de la Badea, Abdelaziz Khelef, est destiné au développement de l’élevage au Sénégal oriental et en Haute Casamance.

Selon M. Diop, ledit projet constitue une première phase d’un programme pour les zones concernées devant contribuer à la réduction de la pauvreté, l’amélioration de la sécurité alimentaire et au relèvement du niveau de vie des populations.
La convention ainsi paraphée porte à 53 opérations le nombre des interventions de l’institution financière arabe au Sénégal, représentant environ plus de 100 milliards 500 millions FCFA, a poursuivi le ministre d’Etat sénégalais.

Abdoulaye Diop a trouvé « significatif » que le développement rural, les secteurs de l’agriculture et des infrastructures de base, moteurs d’une croissance forte et durable pour le Sénégal, soient les principaux bénéficiaires des financements de la Badea.
Selon le ministre de l’Economie et des Finances, outre son volume, la coopération du Sénégal avec la banque arabe est « particulièrement dynamique ces dernières années ». Il a noté que le pays a bénéficié de « manière constante d’au moins une opération par an ». Abdoulaye Diop relève aussi que les délais d’instruction, d’approbation et de signature ont été « considérablement raccourcis pour le Sénégal ».

M. Diop a exprimé le souhait de voir les efforts de développement du Sénégal davantage soutenus par la Badea à travers le cinquième plan quinquennal (2005-2009) de l’institution bancaire, dont la mise ne œuvre se traduit par de nouvelles facilités pour les pays africains.
« Le niveau de nos relations, la qualité de notre coopération qui remonte à plus de trente années, la diversification qui la caractérise constituent pour nous autant de sources de fierté », a dit le directeur général de la Badea. Pour Abdelaziz Khelef, c’est là une preuve que la coopération arabo-africaine demeure un « instrument de solidarité réelle ».

M. Khelef a annoncé pour le Sénégal un programme de plusieurs opérations qui sera financé pour les trois années à venir par la Badea. Il a noté que ces opérations permettront de porter le niveau de coopération à des « seuils plus élevés ».
M.L.BADJ

Source : Le Soleil du Lundi 22 avril 2008

Face à la hausse vertigineuse des prix des produits de base : La Banque mondiale propose un train de mesures

Publié le 23 avril 2008

Trente-trois pays du monde entier pourraient être confrontés à des troubles sociaux par suite de la flambée des prix des aliments et de l’énergie. Dans ces pays, où l’alimentation représente entre la moitié et les trois-quarts de la consommation, il n’y a pas de marge de survie. Une tragédie à laquelle le groupe de la Banque mondiale ne veut pas assister impuissant. Ainsi, après avoir tiré la sonnette d’alarme par la voix de son président, il vient de proposer un train de mesures devant permettre d’éviter un tel drame.

Le président du groupe de la Banque mondiale (Bm), Robert B. Zoellick, a proposé un train de mesures destinées à aider les pays africains à s’attaquer à la montée des prix des denrées alimentaires et des produits de base.
Certaines de ces mesures devraient aussi aider à mettre en place de nouveaux moyens d’administrer les ressources procurées par le niveau élevé des prix de l’énergie et des minerais d’une manière qui profite davantage au plus grand nombre, et à générer les liquidités à long terme en mettant à contribution les fonds souverains, indique un communiqué parvenu hier à la rédaction.

Il faut de toute urgence contrer les menaces immédiates pour répondre à la crise mondiale actuelle’, affirme M. Zoellick. ‘Nous devons jeter les bases qui nous permettront de créer les meilleures opportunités et de susciter l’espoir pour tous à long terme’, ajoute-t-il. De manière plus précise, il en appelle à une ‘nouvelle politique alimentaire mondiale’ pour aider les pays africains à relever les défis posés par l’envolée des prix des produits alimentaires. Dans ce cadre, le président du groupe de la Bm en appelle au respect de la promesse faite de doubler les prêts accordés au secteur agricole à l’effet d’augmenter la productivité et d’accroître la disponibilité d’aliments en Afrique subsaharienne (portant le niveau des prêts de 450 millions de dollars cette année à 800 millions de dollars l’année prochaine). S’exprimant sur l’importance de constituer des marchés alimentaires locaux et de créer une nouvelle ‘révolution verte’ en Afrique subsaharienne, M. Zoellick a déclaré : ‘Selon les estimations du groupe de la Bm, 33 pays du monde entier pourraient être confrontés à des troubles sociaux par suite de la flambée des prix des aliments et de l’énergie. Dans ces pays, où l’alimentation représente entre la moitié et les trois-quarts de la consommation, il n’y a pas de marge de survie’.
Le président du groupe de la Bm a tiré la sonnette d’alarme, en indiquant qu’il fallait, aujourd’hui plus que jamais, sortir de l’impasse des négociations multilatérales de Doha pour conclure un accord commercial mondial. Il a exhorté les Etats-Unis, l’Union européenne (Ue), le Japon et les autres pays développés à fournir au Programme alimentaire mondial (Pam) de l’Organisation des Nations Unies les 500 millions de dollars dont il a besoin pour mener ses opérations de secours alimentaires d’urgence. Il en a également appelé à la réaffirmation et au renforcement de l’Initiative pour la transparence des industries extractives pour aider les pays en développement à tirer parti des opportunités offertes par le niveau élevé des prix de l’énergie et des minerais, tout en veillant à ce que les profits réalisés par les pays riches en ressources soient répartis entre tous les membres de leur population. Dans sa formulation initiale, cette initiative encourageait les pays riches en ressources à publier et à vérifier les paiements des sociétés et les recettes tirées du secteur lucratif du pétrole, du gaz et d’autres ressources minières.
Expliquant les possibilités énormes qu’offre cette formule, M. Zoellick a précisé : ‘Les actifs détenus par des fonds souverains pèseraient à l’heure actuelle 3 000 milliards de dollars. Si le groupe de la Bm parvient à créer des plates-formes d’investissement sous forme de prise de participation et des indices de référence pour attirer ces investisseurs, l’affectation ne serait-ce que de 1 % de ces actifs permettrait de mobiliser 30 milliards de dollars pour financer la croissance, le développement et la valorisation des opportunités en Afrique’.
Dans l’optique d’appuyer cette initiative, la Bm met au point un mécanisme destiné à contribuer au renforcement des capacités des gouvernements à travers un décaissement plus rapide de l’aide que ne le permettent les opérations de prêts classiques, la formulation et la diffusion de bonnes pratiques, normes et codes, et la proposition de cadres relatifs aux questions budgétaires, juridiques et de réglementation. Le processus à suivre dans ce contexte sera dirigé par un comité consultatif composé de parties prenantes, selon le communiqué.

Source : walfadjri du 08 avril 2008

CRISE ALIMENTAIRE DANS LES PAYS PAUVRES :« Ce sont les conséquences des Politiques d’ajustement structurel », selon un économiste de la Cnuced

Publié le 22 avril 2008

La situation de la crise alimentaire est au cœur des débats de la douzième session de la Conférence des Nations Unies pour le commerce et le développement (Cnuced) qui a ouvert ces portes ce dimanche, 20 avril 2008, à Accra au Ghana. Un économiste de l’organisation onusienne interpellé sur la question, relativise et impute la situation aux ajustements structurels.

Envoyé spécial)- Les institutions de Breton Woods ont, il y a une vingtaine d’année, imposé aux pays pauvres comme le Sénégal, des politiques drastiques. La crise alimentaire actuelle qui sévit à travers le monde est la conséquence de ces politiques.
C’est l’avis de M. Rolf Traeger, économiste à la Conférence des nations unies pour le commerce et le développement (Cnuced) qui a ouvert depuis ce dimanche 20 avril à Accra, au Ghana, sa douzième session. Dans le cadre d’une réunion d’échange que la représentation de la fondation Friedrich Ebert stiftung (Fes) Accra a tenu à l’intention des journalistes d’Afrique de l’Ouest et du Cameroun, M. Rolf Traeger impute cette situation de crise alimentaire aux Programmes d’ajustement structurel (Pas) des années 1980-1990.

Une politique qui, a-t-il rappelé, a provoqué la libéralisation dans la plupart des pays en voie de développement prônée principalement par la Banque mondiale et le Fonds monétaire international (Fmi). Ce qui a fait, à l’en croire, a fait que « les prix des produits de base y compris les prix internationaux des denrées alimentaires étaient déprimés ou à la baisse.

L’économiste de la Cnuced fait remarquer que cette libéralisation des prix locaux était appuyée par la libéralisation du commerce international. Une situation qui donnait aux pays en voie de développement et pays pauvres les moyens d’importer des denrées alimentaires notamment le lait, le riz, maïs et autres, à des prix plus bas que ceux pratiqués sur leur marché intérieur.

Selon lui, ce facteur n’avait pas pausé de problèmes pendant une longue période du moment que les prix étaient relativement bas sur le marché international. Cette facilité pour les pays pauvres d’importer des produits et denrées alimentaires à des prix très bas a favorisé la concurrence des produits européens subventionnés à ceux de leurs propres producteurs qui ont été souvent mis hors marché du fait qu’ils n’avaient pas les moyens de faire face à l’invasion des produits importés. Ce qui amène M. Rolf Traeger à concéder que : « la libéralisation commerciale brusque a mené à une réduction de la production nationale de plusieurs denrées alimentaires surtout avec le riz, le maïs, le blé… »

Ce qui, selon lui, explique le fait que les pays pauvres dont la capacité productive est très faible, soient exposés à la hausse des prix internationaux. A l’en croire, « c’est une situation que la Cnuced avait critiqué à l’époque mais nous n’avons pas été entendus ». Pour M. Traeger, bien que les gouvernements nationaux subventionnent une partie de leurs importations des prix des denrées alimentaires qui constituent parfois 70% du revenu disponible des couches les plus pauvres, ils n’ont pas généralement la capacité de faire face à cette situation d’une manière durable.

Renforcer les capacités productrices

Après un diagnostic sans complaisance de cette situation, l’économiste de la Cnuced a évoqué des mesures à court et long terme. Sur le long terme, il Convient, selon lui, de développer les capacités productives nationales. Ce qui, à ses yeux, est relatif à la capacité des agents nationaux, des entreprises nationales, paysans de produire avec des taux croissants de productivité pour devenir plus compétitifs. Pour parvenir à cela, M. Treger pense qu’il y a toute une série de politiques qui doivent être mises en œuvre. Il a ainsi noté la nécessité de
mener des activités de conseil aux producteurs et paysans sur les semences à utiliser, les techniques d’irrigation et des techniques culturales. A cela s’ajoute la mise en place des infrastructures rurales qui permettent aux paysans d’écouler leur production.
Pour l’économiste de la Cnuced, l’objectif de cette politique à long terme serait d’augmenter la sécurité alimentaire en renforçant la capacité productive du secteur agricole et agro-industriel de ces pays.

Concernant les moyens à court terme, M. Traeger invite à adopter la démarche épousée par certains pays dans le cadre d’accords régionaux en se mettant ensemble pour l’acquisition de leurs denrées alimentaires.
Selon lui, cette démarche peut permettre à ces pays vulnérables qui importent la plupart des produits qu’ils consomment d’avoir une force de négociation meilleure

Afin d’obtenir des prix très bas à l’importation. Sur cette même lancée, Rolf Traeger informe que la Cnuced a, dans le passé, eu tout un programme pour aider les pays en développement à rationaliser leurs achats de denrées alimentaires afin d’obtenir de meilleurs prix.

Source : Sud Quotidien du lundi 21 avril 2008

TOUR DE TABLE, Moustapha TALL : « Rien ne garantit que le prix du riz va baisser »

Publié le 23 avril 2008

C’est dans son bureau cossu de la rue Fleurus qu’il a reçu Le Quotidien. Moustapha Tall, connu pour sa longue présence dans le marché du riz au Sénégal, a fait le point sur cette denrée très recherchée par les temps qui courent. Il assure avoir attiré l’attention du chef de l’Etat en 2003 sur la situation actuelle. Mais aujourd’hui, Moustapha Tall a surtout un autre combat. Il veut rentrer dans ses fonds qu’il estime avoir perdu « injustement » du fait de la Douane sénégalaise. Ce « baron » du riz qui ne contrôle plus que 25% du marché sénégalais, alors qu’il était à 36%, analyse l’évolution du marché.
L’actualité aujourd’hui, c’est la situation du riz, qui est devenu une denrée trop prisée au Sénégal et dans le monde. Quel est l’état des lieux ?
C’est une situation mondiale, parce qu’il y a une réduction drastique de surfaces cultivables en matière de riz au profit des biocarburants. Mais aussi, il y a une augmentation de la demande au niveau des pays africains et au niveau mondial. Alors, avec une demande qui augmente et une offre qui se réduit de plus en plus, vous devinez aisément les raisons de cette tension. Il faut dire également que les pays qui exportaient cette denrée, ont maintenant tendance à produire pour leur propre consommation et ensuite, mettre sur le marché leur excédent à un prix trop élevé. C’est eux qui trouvent un intérêt à ce qu’il y ait pénurie. Ils ne se soucient pas des autres. Mais ils devaient, par humanisme, œuvrer pour que le prix du riz ne baisse pas jusqu’à un certain niveau, mais aussi qu’il n’augmente pas jusqu’à un certain niveau. Pour permettre au moins, aux pays qui n’ont pas les moyens de produire suffisamment, de pouvoir s’approvisionner. Malheureusement, aujourd’hui, ce n’est pas le cas.
Mais aussi, il faut reconnaître que les spéculateurs jouent un rôle pas très commode dans cette situation…
C’est vrai qu’en l’état actuel, le prix ne fait que monter à cause des spéculateurs, il faut le dire. Et ces spéculations sont favorisées par les pays exportateurs. Parce que ce sont les gouvernements même qui encouragent cette spéculation. C’est pourquoi, je pense qu’il est temps que les pays africains prennent leur destin en main et essayent de produire suffisamment pour faire face à ce genre de situation.
Au niveau national, des importateurs de riz comme Bocar Samba Dièye, soutiennent que le prix du riz ne peut pas augmenter…
(Il coupe). Ils ne doivent pas dire cela. Personne ne peut dire, dans un contexte pareil, où va nous mener cette situation. Personne ne peut le dire. Aujourd’hui, il y a un stock de sécurité au Sénégal, de moins de trois mois et le kilo est vendu à un prix X, on ne peut pas le vendre en deçà de ce prix. Maintenant, comme le pouvoir d’achat des Sénégalais est très limité, l’Etat avait d’abord suspendu les droits de taxe ou droits d’entrée, qui faisaient 10%. Ce qui représente à peu près 25 francs par kilo, donc 25 000 francs par tonne. L’Etat a dit qu’il ne veut pas que le prix du riz augmente, il nous a demandé de lui donner la différence pour qu’il puisse le subventionner. Maintenant, c’est depuis le 12 avril dernier que l’Etat a pris la décision de prendre la différence pour subventionner.
A combien exactement, évaluez vous cette subvention de l’Etat sur le riz ?
Ça représente d’après nos calculs, près de 2 milliards Cfa par mois. Maintenant si l’Etat peut supporter, tant mieux. Mais je vous rappelle qu’il nous reste à peu près un stock de 4 mois, c’est-à-dire 200 000 tonnes. Ce qui fera 8 milliards de francs Cfa. Et rien ne garantit qu’après ces trois mois, le prix va baisser, au contraire, je suis très pessimiste par rapport à ça. Parce que la tendance est toujours à la hausse. Et l’Etat, ce qu’il peut faire au mieux, c’est de maintenir le prix actuel du riz. C’est-à-dire, pour le non parfumé, maintenir le prix en gros à 250 francs et à 270 au détail. Pour le parfumé, 255 en gros et 275 au détail. Pour le parfumé de luxe, 260 en gros et 280 en détail.
Mais au lieu de compter sur l’Etat pour régler le problème, vous, en tant qu’importateur, que pouvez-vous faire pour venir en aide vos compatriotes ?
Vous savez, lors d’une audience que le chef de l’Etat m’avait accordée en 2003, je lui avais expliqué ce qui se passe aujourd’hui. J’avais attiré son attention sur ce que nous courons comme risque en laissant le marché comme ça. Il m’avait dit qu’il allait organiser un Conseil présidentiel sur ça. Jusqu’à présent, à ma connaissance, ce conseil n’a pas eu lieu. Le temps m’a donné raison. Aujourd’hui, on est en train de nous lamenter sur notre sort.
Maintenant, qu’est-ce que vous proposez au gouvernement pour sortir de cette dépendance ?
Je propose qu’on continue cette subvention, jusqu’à l’épuisement du stock de trois mois. Entre-temps, il faut penser à combler ce stock, ne serait-ce que jusqu’à la fin de l’année. En plus, il faut que l’Etat essaie de voir avec les pays exportateurs de riz comme la Thaïlande, avec qui nous avons des relations excellentes, les possibilités d’adoucir le prix. Si ces gouvernements peuvent nous aider aussi à trouver des quantités intéressantes sans passer par les demandeurs, ce serait mieux. Au niveau local aussi, à mon avis, pour pérenniser l’activité, il faut un minimum d’organisation dans le secteur des importateurs. Qu’on les identifie, qu’on sache qu’ils sont là depuis combien d’années, et quelles sont leurs capacités de stockage aussi.
Comment êtes-vous donc devenu importateur de riz ?
Moi, je suis natif de Kaolack, j’ai fait mes études primaires à Kaolack à l’école Kasaville. Je suis aîné de mon père et homonyme du frère de mon père. C’est ce même frère de mon père qui m’a mis à l’école en 1962 et m’y a fait sortir 10 ans après. Comme il était déjà commerçant, il avait un problème de gérance de son magasin. Parce que le gérant habituel avait voyagé. Le gars était parti sans avertir. Le lendemain, le vieux me dit de prendre les clefs du magasin et d’aller l’ouvrir. C’est comme ça que je suis entré dans le commerce. Donc, je crois que c’est le commerce qui m’a choisi. Quand j’ai ouvert le magasin, la première chose que j’ai fait, c’est l’état des lieux. De ma propre initiative, je l’ai fait pour y voir plus clair. C’est après que le vieux m’a demandé de faire l’inventaire et de terminer le travail. C’est comme ça que je suis resté au magasin avec le vieux. Et personne ne m’a formé. Je me suis formé moi-même avec l’aide quand même de mon directeur d’école à l’époque, qui trouvait que j’étais très brillant. Il a voulu m’apporter son soutien. Je me rappelle à l’époque, j’étais dans la même école que la génération de Mamadou Lamine Loum. Vous voyez que l’école de l’époque et l’école d’aujourd’hui, il y une grande différence du point de vue comportement, discipline, éducation… C’est au bout de 10 ans que j’ai quitté le magasin du frère de mon père, avec le sentiment du devoir accompli. Parce que c’est dans la plus grande transparence que j’ai travaillé avec lui, en faisant l’inventaire chaque année. Bien que c’était mon père, j’avais un salaire fixe avec lui. Je travaillais, j’avais tout l’argent à ma disposition, mais je n’y touchais pas. Je gérais d’une manière telle que le vieux s’en sortait à chaque fois, et je n’ai jamais accepté ses faveurs.
Après l’avoir quitté, qu’avez-vous fait ?
Je suis venu à Dakar. Et en venant ici, je n’avais pas un centime avec moi. Le vieux que j’avais quitté pour tenter ma chance à Dakar ne m’avait pas donné un rond. Et quand je suis venu à Dakar, je suis tombé sur une situation de pénurie de sucre. Parce qu’on avait donné le monopole du sucre à Jean Claude Mimran et il ne pouvait pas produire suffisamment. Il ravitaillait les commerçants par programmation et je suis entré dans ce créneau, en travaillant par procuration. De fil en anguille, j’ai réussi à me faire des bénéfices en glanant 200 à 300 000 francs par semaine. Et en trois ans, je me suis tapé un petit capital, qui m’a permis d’ouvrir mon propre magasin ici à Dakar, à la rue Fleurus en 1983. Je suis venu ici en 1980. Et par la grâce de Dieu, je suis là où je suis aujourd’hui. Il faut dire aussi que la libéralisation de 1989 m’a permis de me lancer dans l’importation du riz entier et du riz intermédiaire. En 1995, on a libéralisé entièrement la filière et là, comme j’avais déjà de très bonnes relations avec ma banque, j’ai sauté sur l’occasion.
Vous avez nommé Jean Claude Mimran, quels étaient vos rapports à l’époque ?
Bon ! (hésitation). J’avais des rapports de commerçant avec lui. Mais il faut dire que le Sénégal lui a donné ce secteur pendant trente ans qu’il gérait sans partage. Il avait le monopole du sucre et faisait ce qu’il voulait. Après que l’Etat a libéralisé le secteur, ce qui nous permettait d’aller chercher le sucre à l’étranger, il commençait à nous traiter de tous les noms d’oiseaux. Il n’a jamais digéré le fait que nous puissions importer du sucre.
Mais on dirait que c’est de là que sont parties vos démêlés avec la Justice….
Oui. Parce que le système de dédouanement en vigueur nous tue. Admettons que tu achètes la tonne du sucre à 170 000 francs Cfa en Europe. Tu arrives au Sénégal, la Douane te dit que la valeur du dédouanement est de 325 000 francs, sur lesquels, tu payes la taxe de 43%. Et après, la douane te demande de payer une péréquation. Et c’est Mimran même qui fixait ce montant qu’il envoyait à la douane, alors que c’est le douanier qui est censé calculer cette péréquation-là, avec l’importateur et le transitaire. Tel n’était pas le cas. C’est Mimran qui décidait de tout cela. Ce n’était pas normal.
C’était pour cette raison que vous n’aviez pas voulu payer les taxes ?
Attendez (répétion). Les douaniers ne pouvaient pas dire que moi, j’importais du sucre sans payer les taxes. On a toujours payé les droits de douane, mais c’est sur la péréquation qu’il y a différence. La péréquation c’est quoi ? C’est protéger la Compagnie sucrière sénégalaise (Css), pour qu’elle ne soit pas agressée par le sucre européen, qui coûte moins cher et qui est de bonne qualité. C’est pour ça que la douane a mis ce système pour le protéger.
Mais qu’est-ce qui s’est passé réellement pour que vous soyez condamné ?
Mais c’est cette péréquation dont je vous ai parlé, qui était la source de tous mes problèmes. Comment est-ce qu’on peut contrôler une péréquation qui se calcule manuellement sur la base des estimations souvent fallacieuses ? On te présente juste une facture que tu dois payer et tu n’as pas le droit de broncher. C’est quoi ça ? Sans même demander à l’importateur son dossier d’importation. Quand ils sont venus me voir, ils m’ont demandé de leur montrer le contrat, qui est juste un préalable. Et ce qu’ils ne savent pas, c’est qu’une fois l’opération payée, le contrat devient caduc. Ils m’ont demandé de leur donner le numéro du contrat, qui n’avait plus aucune utilité. Je leur ai fait remarquer que ce qu’ils devraient me demander, c’est une déclaration pour vérifier si je suis en règle ou pas et la liquidation et même la péréquation qu’on a déjà payée. Et ce qu’il faut préciser à ce niveau, c’est que cette péréquation là, une fois que ça dépasse les 45 jours, tu n’es plus dans la fourchette. Maintenant, c’est eux qui vont prendre la valeur qui les arrange, la plus favorable pour eux, et la plus contraignante pour toi. En fait, toutes les procédures normales ont été bafouées par la Douane. Ils se sont renfermés dans leur bureau pendant deux mois, ils ont fait leur propre calcul et ensuite, ils m’ont envoyé deux douaniers qui sont venus me demander les numéros du contrat. Ce que je n’ai pas pu faire. Ils m’ont convoqué. Ensuite, aux enquêtes douanières, ils m’ont montré sept procès-verbaux qu’ils m’ont demandés de signer. Ce que j’avais refusé de faire.
Pourquoi ?
Parce que simplement les choses étaient très louches. Ce qui m’a fait surtout tiquer à l’époque, c’est qu’ils m’ont dit : « Le dossier est terminé, les autorités n’attendent que nous, maintenant, il nous faut juste votre signature. » Vous croyez que c’est du sérieux ça ?
De quoi étiez-vous accusé exactement ?
Ils me disent qu’il y a un différentiel de péréquation. Entre celui que je devrais payer et celui que j’ai payé, il y a une différence. C’était un montant de 650 millions. Comment peut-on avoir une différence de péréquation sur du sucre ? Le sucre ce n’est pas le riz. On n’importe pas 10 000 tonnes de sucre. On importe 500, voire 2 000, le maximum, c’est 3 000 tonnes de sucre. Sur ce, comment est-ce qu’on peut avoir un différentiel de 650 millions ?
Donc, c’est comme ça vous avez atterri en prison ?
Oui, parce que j’ai refusé de signer. C’est après que la Justice a mis la main sur moi.
Et qu’en est-il du milliard dont on vous entend réclamer à l’Etat ?
A l’époque, j’avais payé à la Douane 1 milliard de francs pour recouvrer ma liberté.
Si vous estimiez que ce n’est pas normal que vous payez à la Douane, pourquoi avez-vous fini par donner un milliard alors ?
J’ai fini par céder parce que je me disais aussi que ces gens avaient l’intention de me nuire. Il fallait que je sorte de là et que je reprenne mes activités le plus rapidement possible. Je leur ai dit aussi que : « Je vous donne cet argent, mais c’est juste pour quelque temps, parce qu’il y aura une suite à cette affaire. »
Mais pourquoi cette somme a atteint un milliard, n’est-ce pas que c’était juste la péréquation qui a été évaluée à 650 millions…
(Il coupe). Oui, 650 millions pour la péréquation et 350 millions d’amende. Mais au total, c’est 1 milliard 9 millions de francs. Ces gens voulaient ma mort. C’est tout. Vous savez, cette période noire de ma vie m’a beaucoup coûté en termes d’argent.
Ah bon ! Combien estimez-vous avoir perdu durant cette période ?
Pendant mon emprisonnement, j’ai subi un vrai pillage. Des employés ont fui avec mon argent, des clients aussi. Le préjudice est incalculable, j’estime avoir perdu plus de trois milliards de francs Cfa avec cet emprisonnement injuste. Mais aujourd’hui, grâce à Dieu, je résiste encore. Parce que moi, j’ai commencé par 0 franc. Même si aujourd’hui je me retrouve avec 0 franc, je vais rendre grâce à Dieu. Je ne me plains pas, bien que cela m’ait affecté financièrement. Je suis en train de renaître petit à petit et je vais continuer à me battre pour revenir à mon meilleur niveau. N’oubliez pas que même si c’est 1 franc qui a été extorqué à quelqu’un, cela lui fera mal. Et puis, moi je perds tout le temps dans mes activités, c’est tout à fait normal. Cet argent que j’ai remis à la Douane, je pouvais le donner gracieusement à l’Etat, mais c’est la manière qui me fait mal.
Pourquoi avoir attendu tout ce temps pour réagir ?
C’est vrai qu’après avoir subi une injustice, j’attendais que le chef de l’Etat réagisse à ce sujet. Comme c’est un homme de Droit, j’ai même envoyé plusieurs émissaires pour qu’il rouvre ce dossier. Et il va se rendre compte que j’ai été victime d’une injustice et grugé par la Douane. Je suis sûr et certain qu’on l’a mal informé sur cette affaire. J’ai tout fait pour le rencontrer, je lui ai même adressé une correspondance en vain. Aujourd’hui, je suis prêt pour qu’on rouvre le dossier. Je voudrai savoir ce dont exactement on m’a accusé. Vous verrez que ça ne tient pas la route. D’ailleurs, c’est pourquoi j’avais refusé de signer les procès-verbaux. Je suis sûr et certain que je détiens la vérité dans cette affaire.
Pourquoi ne portez-vous pas plainte contre la Douane ?
Mais, la Douane, c’est l’Etat. Et la douane, elle a un code draconien qui date de très longtemps et n’a pas été révisé. Si vous avez une infraction qui porte sur 2 millions 500 mille, le juge a les mains liées. Si vous vous présentez devant lui, soit vous payez en allant transiger, trouver une solution transactionnelle avec la Douane, soit vous allez en prison. Alors, ce code, il est à revoir pour au moins sécuriser les opérateurs. Si les opérateurs économiques engagent des fonds, investissent pour essayer d’être performants, alors qu’il y a un code qui est là comme une épée de Damoclès au-dessus de leur tête, c’est grave. Je vous dis, deux agents de douane peuvent faire un procès-verbal contre un opérateur et l’envoyer au tribunal. Et le juge, s’il est de connivence avec ces gens, s’il n’est pas bien informé, ou bien s’il ne prend pas son courage à deux mains, il l’envoie en prison. Les opérateurs de ce pays ne sont pas non plus protégés à cause de ce code. Et il faut rappeler que ce code date d’avant les indépendances.
Qu’est-ce que vous prônez exactement ?
Qu’on revoie le code. N’est-ce pas que l’on a revu le code électoral ? La Douane, elle n’est pas exceptionnelle. Qu’est-ce qu’elle représente vis-à-vis des opérateurs économiques ?
Ce sont les soldats de notre économie quand même….
Ecoutez, s’ils sont les soldats de l’économie, nous, nous sommes les gendarmes de l’économie. Ce que nous faisons, ils ne font pas la moitié. Un opérateur économique qui investit des milliards et fait travailler des milliers de personnes, on le considère comme un va-nu-pieds. C’est inadmissible !
Même si vous dites que vous souffrez de ce milliard que la Douane vous a pris, vous semblez toujours contrôler le marché du riz au Sénégal, vous devez avoir un secret…
(Rires). Comme je vous l’ai dit, moi, je me suis formé seul. C’est pour cette raison que je déteste la médiocrité. J’ai horreur du travail mal fait. Déjà en bas âge, je n’ai jamais voulu qu’on me réprime. J’ai été très rigoureux sur ma personne d’abord, avant de l’être avec mes employés. Il faut dire aussi, que moi, je ne confonds jamais ma poche avec la caisse de l’entreprise. C’est l’établissement Moustapha Tall qui paie Moustapha Tall et je me limite à mon salaire, c’est ça qui, à mon avis, fait ma force.

Source : Le Quotidien du 23 avril 2008

COMMUNIQUE DE PRESSE : L’Etat plafonne le prix du riz brisé à 280 Fcfa

Publié le 21 avril 2008

Le prix du kilogramme de riz ne doit pas dépasser 280 Cfa au détail. Ainsi en a décidé l’Etat. L’arrête interministériel n°03419, portant fixation des prix de certaines variétés de riz brisé importé vient d’être signé par le ministre du Commerce et celui en charge du Budget.
Les prix arrêtés comportent une subvention de l’Etat, accordée suivant Décision présidentielle en date du 12 avril 2008.

Pour les régions de l’intérieur du pays, les prix ainsi fixés sont majorés du coût du transport tel que déterminé par les Conseils de la consommation. A l’intérieur de la région de Dakar, aucun différentiel de transport n’est autorisé.

Pour rappel, les marges applicables aux différents stades de commerce du riz brisé importé sont les suivantes :

* 2000 FCfa la tonne au gros, c’est-à-dire pour l’importateur ;

* 5000 FCfa la tonne pour le demi-grossiste ;

* 750 FCfa par sac de 50 kilogrammes, soit 15 F francs par kilo pour le détaillant.

L’arrêté précise que toute introduction de nouvelle marque ou modification d’appellations sous lesquelles ces variétés de riz sont commercialisées sur le marché national devront faire l’objet de notification par l’importateur à la Direction du Commerce intérieur, avant la mise à la consommation.

Le ministre du Commerce informe donc les populations que toutes les conditions sont réunies pour un correct approvisionnement du marché intérieur :

* disponibilité du produit avec un stock total supérieur à 200.000 tonnes à la date du 17 avril 2008 ;

* fixation de prix au gros, au demi-gros et au détail au terme d’une démarche consensuelle engagée avec les commerçants depuis deux semaines ;

* mise à disposition par l’Etat d’une subvention à la consommation dont les modalités de liquidation ont déjà été arrêtées et notifiées aux destinataires.

Le ministre du Commerce appelle les acteurs au respect strict des dispositions réglementaires ci-dessus indiquées et invite les populations destinataires des efforts financiers importants consentis par l’Etat à coopérer avec les services de contrôle, pour une application sans faiblesse des prix au consommateur ci-dessous.

* riz brisé non parfumé ordinaire : 270 F

* riz brisé parfumé ordinaire : 275 F

* riz brisé non parfumé « sortexed » : 275 F

* Riz brisé parfume « sortexed » : 280 F

Source : Le Soleil du 19 avril 2008

Sanoussi DIAKITE, Président de l’Association sénégalaise pour la promotion de l’invention et de l’innovation (Aspi) : ‘Le fonio est la réponse la mieux indiquée contre la tyrannie du riz’

Publié le 21 avril 2008

La flambée des prix des produits de première nécessité comme le riz n’est pas une fatalité. L’inventeur de la machine à décortiquer le fonio est d’avis que cette céréale peut tirer le Sénégal des griffes du riz. Ses vertus nutritives sont sans conteste, tout comme sa qualité d’aliment par excellence des diabétiques. Pour changer les mentalités et convaincre le Sénégalais que le ‘thiébou dieune’ (ou riz au poisson) n’est pas incontournable, il faut tout d’abord penser, sans doute, à vulgariser la machine qui soulage la ménagère dans la corvée du décorticage du fonio. Sans quoi, cette céréale aura du mal à supplanter le riz. Président de l’Aspi, M. Diakité et ses collègues préparent un symposium pour juin. Son objectif ? Convaincre les investisseurs à mettre leurs sous dans l’invention.

Wal Fadjri : Le fonio pourrait-il être une solution aux difficultés actuelles de nos pays ?

Sanoussi Diakité : Exactement ! Les moments de crise doivent nous pousser à la réflexion. Il y en a qui disent que le ‘thiébou dieune’ est entré dans nos habitudes alimentaires pendant les travaux forcés où il fallait manger vite. Et le fonio peut régler la difficulté de l’heure. C’est l’aliment, par excellence, des diabétiques. Il est riche en fibres, en acide aminé, facilite donc la digestion et expose moins, en principe, à la constipation. Un Américain m’a dit que ce produit ferait du tabac aux Usa où 70 % de la population souffrent de la constipation. Les régions de Diourbel et de Louga où la pluviométrie est faible ont tout intérêt à se lancer dans la culture de cette céréale. Ça pousse comme de l’herbe, elle n’a donc pas besoin d’engrais. On a intérêt à nous appesantir sur le fonio. Je suis invité au Bénin où on veut lancer un programme fonio. Partout, on réfléchit sur la possibilité d’en faire une alternative au plan alimentaire. Il y a une solution à la tyrannie du riz. Et le fonio est la réponse la mieux indiquée. La machine est un instrument au service du développement de la filière. Je l’ai dit dans une correspondance au président de la République il y a deux ans. Certaines Ongs se sont bien essayées à cela. Elles ont fait un travail remarquable dans ce domaine. C’est le cas de Fodde à Kolda et d’Enda. A Kédougou, des femmes exportent le fonio.

Wal Fadjri : Et vous pensez que la machine aurait impulsé la production de cette céréale ?

Sanoussi Diakité : Je souhaite que le président Wade lance un programme fonio, comme il en a fait pour le maïs. Parce que le fonio a de très grandes potentialités. Cette céréale n’a pas besoin d’entretien, elle pousse sur des sols pauvres et même si la pluviométrie est faible. Elle permet de répondre aux contraintes actuelles où l’on parle de changement climatique. Le fonio est la vraie céréale africaine. Le riz vient de Mésopotamie, le mil, de l’Inde, le maïs est originaire d’Amérique Latine. Notre production actuelle est de 3 000 tonnes, ce qui est largement inférieur à la quantité de riz, soit 600 000 tonnes importées. Mais si nous en faisons un programme, on peut bien franchir ce cap.

Wal Fadjri : La machine à décortiquer le fonio, votre propre invention, est née d’un besoin. Cet engin a-t-il été, pour autant, diffusé ?

Sanoussi Diakité : Le décorticage du fonio est bien pénible. La solution a été trouvée, elle a fait ses preuves sur le terrain. Cette machine a été mise à l’épreuve dans huit pays. Jusque-là, il n’y a pas une machine qui ait fait une plus grande performance. Pour son exploitation, il y a un projet dans ma ville natale, Kolda. Mon ambition est que cette machine fasse renaître le fonio dans les seize pays africains producteurs de fonio. Mais, en plus, je m’attends à la création d’emplois et de plus-value dans ma région. Des études soutenues par l’Agence sénégalaise pour l’innovation technologique (Asit) ont été faites dans ce sens. L’Oapi a fait une étude de faisabilité sur l’unité industrielle prouvant qu’elle (l’unité industrielle) est viable. Maintenant, il reste la mobilisation des fonds pour l’exploitation de cette machine. Ça prend du temps, pas pour l’inventeur, mais pour les opérateurs économiques.

Wal Fadjri : Pourtant, cette machine à décortiquer le fonio soulage bien la ménagère…

Sanoussi Diakité : Cette machine décortique proprement le fonio. Proprement ! La machine fait 8 minutes pour décortiquer 5 kg. A la main, pour 2,5 kg, on met 2 heures dans nos familles. Nous qui connaissons le fonio, si on veut éprouver une femme, une nouvelle mariée, on lui donne du fonio à décortiquer. Parce que c’est un travail très dur. Si la nouvelle mariée s’en sort, on en conclut que c’est une femme, une vraie travailleuse. Ce qui est une qualité fondamentale chez la femme africaine. C’est cette corvée qui a conduit les gens à abandonner le fonio au profit du riz ou du mil. Pourtant, tout le monde reconnaît la valeur nutritive du fonio.

Wal Fadjri : Etes-vous seul dans cette situation d’inventeur attendant l’exploitation industrielle de son invention ?

Sanoussi Diakité : Pratiquement toutes les inventions sont logées à la même enseigne. C’est la raison pour laquelle nous avons dit qu’il faut créer une rencontre entre les investisseurs et les inventeurs. Parce que si l’investisseur n’est pas au courant de l’existence d’une solution donnée à un problème, il ne peut avoir l’idée d’y mettre son argent. Par contre, s’il est au courant et convaincu de la pertinence de la trouvaille, il peut décider d’aller avec l’inventeur gagner de l’argent.

Wal Fadjri : En dehors de la machine à décortiquer le fonio, existe-t-il d’autres inventions qui attendent des opérateurs économiques ?

Sanoussi Diakité : Elles sont nombreuses. Si vous allez au service de la propriété industrielle basée au ministère de l’Industrie, vous vous rendrez compte que bon nombre de Sénégalais et même des personnes morales y ont déposé des brevets d’invention. Dans notre association, il y en a qui font des brevets de renommée internationale. C’est l’exemple d’Abdoulaye Sanokho qui a mis au point un aliment de volaille, il y a aussi Maguette Ndiaye qui a trouvé un produit permettant la conservation au frais de certaines denrées périssables comme le poisson sans recourir à un intrant chimique. El Hadj Kébé a conçu la machine à ‘détégumenter’ l’arachide. Un autre inventeur, en l’occurrence Adama Christian Diop, a réalisé une couche de bébé qui déclenche un signal électrique dès que l’enfant fait pipi.

Wal Fadjri : A quel niveau se situe la difficulté d’exploitation des inventions au Sénégal ?

Sanoussi Diakité : Le ministère de l’Industrie subventionne le dépôt du brevet qui peut, autrement, coûter jusqu’au 1 500 000 F Cfa. Grâce à la subvention, l’inventeur ne paie que 5 %, voire un peu moins, pour encourager le dépôt du brevet. En plus, pendant les dix années qui suivent le dépôt du brevet, l’inventeur est dispensé de taxes. L’intervention du ministère se limite pratiquement aux subventions. Parce que l’invention est considérée comme une affaire privée. Toutefois, ailleurs, ce n’est pas la même conception. En 2000, lors d’un symposium tenu à Dakar, Justin Huk, un Américain, a dit que la protection de la propriété intellectuelle rend un pays riche. Il a pris l’exemple d’une université américaine qui vit des droits des brevets par la cession des brevets à un opérateur. Chez nous, les opérateurs sont timides. Nous voulons leur montrer qu’il y a des opportunités d’affaires. Le risque mérite d’être couru.

Wal Fadjri : Qu’est-ce qui fait que les inventions n’attirent pas les investisseurs nationaux ? Sont-elles en déphasage avec les besoins des populations ?

Sanoussi Diakité : Il faut savoir qu’on n’invente que pour le présent. Le téléphone inventé par Thomas Edison est dépassé aujourd’hui. Il faut reconnaître que le produit inventé suit un processus assez long, avant d’être proposé à la diffusion. Pour le cas de ma machine à décortiquer le fonio, elle a été testée pendant vingt-trois mois au Mali, en Guinée et au Sénégal, avant qu’on se convainque qu’elle est viable. Les opérateurs économiques et les pouvoirs publics doivent se convaincre d’une chose, c’est que l’invention participe à l’accélération de la croissance. Un produit nouveau, c’est de l’exclusivité.

Wal Fadjri : N’y a-t-il pas un complexe des opérateurs vis-à-vis de nos produits ?

Sanoussi Diakité : C’est clair ! On ne regarde pas du côté de nos inventions. L’idée généralement répandue est que l’Afrique n’a rien apporté au monde au plan technologique. Pourtant, il est admis que la créativité est une ressource mondiale. Il n’y a pas de peuple qui en soit privé. Mais comme on ne valorise pas nos créations, on a l’impression que c’est le vide. C’est pourquoi l’idée du président Wade de créer un musée de l’invention me semble important. A l’Aspi, nous soutenons ce projet et nous sommes prêts à nous investir pour sa réalisation. Cette structure permettra aux gens de se faire une idée du chemin parcouru de l’invention depuis le téléphone d’Edison, par exemple. Pour ce qui me concerne, le prix que j’ai gagné est le fruit d’une compétition serrée. Il y avait 113 pays avec 2 300 candidats, à travers le monde, qui ont participé au concours. C’est pour vous dire que nous n’avons pas de complexe à faire vis-à-vis de l’extérieur. Et ils sont nombreux au Sénégal, tel l’architecte Mbacké Niang, titulaire de trois à quatre brevets, à avoir des distinctions de renommée internationale. En fait, l’Etat peut, à titre illustratif, montrer aux opérateurs économiques qu’il est possible de s’investir dans le créneau et d’y faire fortune.
Wal Fadjri : Pour ce qui concerne la machine à décortiquer le fonio, on sait que beaucoup de pays sont intéressés. Avez-vous senti de leur part un intérêt à voir la machine sortir d’usine ?

Sanoussi Diakité : De toutes les façons, la machine est plus demandée à l’extérieur qu’au Sénégal. Mais, il se trouve que je n’ai pas pu répondre à ces sollicitations, faute d’unité industrielle ici dans notre pays. A maintes reprises, des gens m’ont appelé du Bénin, du Togo, de la Gambie pour me dire qu’ils ont besoin de la machine.

Wal Fadjri : Vous préparez un symposium. Quels en sont les objectifs ?
Sanoussi Diakité : Ce symposium entre dans le cadre de ce que nous appelons les Rencontres biennales de l’Aspi. Je suis le président de l’Association sénégalaise pour la promotion de l’invention et de l’innovation (Aspi). C’est une association créée depuis 1986 et qui a regroupé des inventeurs et des acteurs qui interviennent dans la promotion de l’invention au Sénégal. C’est une association qui a pour objectif de promouvoir l’activité inventive au Sénégal et faire en sorte que les droits de propriété soient obtenus le plus largement possible par ceux qui ont l’esprit inventif et qu’il y ait au Sénégal un dépôt en nombre le plus important de titres de propriété à l’Organisation africaine pour la propriété intellectuelle (Oapi). Cette année en est la première édition. C’est parti d’un constat. C’est qu’il y a de nombreuses inventions au Sénégal, mais leur exploitation industrielle fait défaut. Or il faut savoir que l’invention est une chose, l’exploitation en est une autre. L’exploitation implique d’autres acteurs que sont les promoteurs économiques. Le moteur Diesel, par exemple, a été inventé par un nommé Diesel, mais celui qui l’a fait connaître est un industriel. Ce dernier a investi son argent dans la réalisation et la vulgarisation du moteur.
Wal Fadjri : Qu’est-ce qui fait que l’invention a du mal à trouver des candidats à sa diffusion ? D’autant que l’invention est le plus souvent le fruit d’un besoin exprimé par la société.
Sanoussi Diakité : Effectivement, on dit que nécessité est mère d’invention. Pourquoi alors l’invention n’est pas exploitée de manière soutenue ? C’est parce que, dans nos pays, on ne se préoccupe pas beaucoup de notre propre potentiel. On est pris, d’une part, dans le piège de la consommation de produits extérieurs et, d’autre part, les opérateurs économiques n’ont pas la tradition et le réflexe d’aller chercher des opportunités d’affaires dans les inventions. Contrairement aux autres pays où les opérateurs économiques sont constamment à la recherche de nouvelles choses à mettre sur le marché.

Source : Walfadjri du lundi 21 avril 2008

Promouvoir les activités productrices

Publié le 18 avril 2008

Et cela va sans doute beaucoup contribuer à l’objectif global de la décision des Chefs d’Etat de la Cedeao du 12 janvier 2006 de faire accéder au moins 50 % de la population rurale et périurbain en ressources énergétiques à l’horizon 2015.

Pour sa part, le Sénégal envisage d’atteindre des taux d’électrification de 50 % en milieu rural en 2012, et 95 % en milieu urbain, soit 75 % au niveau national. Cette politique, selon Me Wade, est sous-tendue par une volonté de promouvoir les activités productives et d’améliorer les services sociaux de base (éducation, santé, hydraulique, etc.) par la mise en œuvre d’un programme harmonieux d’accès au service énergétique en particulier pour ce qui concerne la force motrice. Et la mise en place depuis décembre 2005 du comité intersectoriel de mise en œuvre d’une synergie entre le secteur de l’énergie et les autres secteurs stratégiques de la réduction de la pauvreté, constitue une réponse à cette préoccupation majeure pour une cohérence des inter-relations entre l’énergie et les autres secteurs dans la mise en œuvre des stratégies de réduction de la pauvreté. Ce comité a largement contribué au processus de révision du document stratégique de réduction de la pauvreté (Dsrp) qui désormais intègre le secteur de l’énergie en tant que secteur transversal conditionnant la réalisation des objectifs du développement du pays.

Aussi, des projets énergétiques multisectoriels occupent une place de choix dans le programme d’électrification rural confié à l’agence d’électrification rurale (Aser). A travers ces projets utilisant entre autres des énergies renouvelables, l’objectif du Sénégal est de soutenir la production. Et le gouvernement s’est engagé à apporter son soutien financier à toutes les initiatives publiques comme privés, qui à long terme vont contribuer à la réduction de la facture pétrolière, et à la fourniture de l’électricité aux populations à moindre coût.

Source : Le soleil du 17 avril 2008

Dr Madiama Cissé chercheur à l’ISRA “Le Sénégal a des atouts d’un grand producteur de blé”

Publié le 17 avril 2008

A l’instar de nombreux pays de la sous-région, la culture du blé a gagné le Sénégal depuis quelques années. Cependant, les superficies exploitées et la quantité cultivée restent à ce jour, très faibles. Selon le Docteur Madiama Cissé, chercheur à l’ISRA, la Vallée du fleuve Sénégal possède des potentialités immenses et avec une volonté politique réelle de l’Etat, notre pays pourra être un grand producteur de blé.

Dr Cissé, vous êtes chercheur à l’ISRA, est-ce que vous pouvez nous parler du programme blé, qui a été entamé depuis quelques années ?
Nous avons aujourd’hui beaucoup de problèmes qui subsistent en Afrique par rapport aux différentes céréales, telles que le riz, le maïs, le blé entre autres. Cela montre que notre pays devrait pouvoir travailler à faire ce qu’on appelle « produire pour manger et manger ce qu’on produit ». C’est dans ce cadre-là que nous avons mis en place, il y a trois ans, un programme de recherches, pour permettre de revisiter les connaissances sur la culture du blé dans la Vallée du fleuve Sénégal et proposer des technologies appropriées aux producteurs de la Vallée et de l’Anambé. C’était l’objectif du programme de recherches qui a été récemment visité par le ministre de l’Agriculture et de l’Elevage.
Est-ce qu’on peut avoir une idée sur les superficies réservées à cette culture ?

Nous avons effectué un programme de recherches sur une dizaine d’hectares répartie entre la station expérimentale de Fanaye, située à 160 km de Saint-Louis, et Ndiole où nous avons eu quatre hectares. Ces dix hectares ont permis d’évaluer le matériel végétal qui est mis à notre disposition et qui provient du Maroc et d’autres variétés que nous avons pu obtenir du Mexique qui sont en train d’être évaluées dans le but d’augmenter le paquet. Pour ce qui concerne les besoins du Sénégal en blé actuellement par rapport à la demande, il faudra quelque chose comme 75.000 hectares et cela ne se produit pas comme ça. Il faut un ensemble de connaissances, la maîtrise de la culture par les producteurs, par l’encadrement. C’est la raison pour laquelle on s’est dit, par rapport au programme de recherche, qu’il faut débuter ces travaux. Maintenant, nous pensons que la culture du blé est possible car on a un paquet de technique qui nous permet de démarrer la culture au Sénégal. Par rapport à la planification pour pouvoir résorber progressivement le gap, il appartient à l’Etat de prendre des dispositions à côté des agriculteurs, de la recherche et des structures de développement, pour mettre en place un programme qui permettra aux Sénégalais de combler ce gap.
Est-ce que la zone ciblée pour cette culture dispose de ressources hydriques et de conditions agro-climatiques favorables ?
Du point de vue du comportement, avec la culture qu’on a eu à mener jusque-là, la récolte devrait être terminée à Fanaye. Donc techniquement, la culture du blé est possible. L’eau est disponible dans la Vallée, car cette zone dispose non seulement de ressources hydriques, mais les conditions agro-climatiques y sont très favorables. Ce qui reste maintenant, c’est une question de moyens. L’Etat s’est engagé non seulement pour le riz, mais aussi pour augmenter au niveau de la Vallée, les superficies qui sont aménagées. Donc, en termes de superficie, si on augmente les superficies cultivées au niveau de la Vallée par des investissements de l’Etat, la culture du blé y aura sa place. Techniquement c’est possible. Il va falloir cependant mettre à la disposition des structures de développement et des producteurs les connaissances qui sont acquises et notre expérience.
Combien de variétés de blé sont prévues ?
Le travail que nous avons initié porte essentiellement sur l’évaluation d’une dizaine de variétés venues du Maroc pour leur performance en termes de rendement. Il va falloir préciser les niveaux de performances.

Mais il ne faut pas oublier que l’objectif qui est visé pour ces différentes variétés est qu’une variété choisie soit capable de donner une bonne qualité de farine ; si cette variété doit être indiquée pour la fabrication du pain. Cela veut dire tout simplement qu’en dehors des potentialités de ces variétés, il y a un travail qui se fait en post-récoltes avec un certain nombre d’analyses. On vient juste de terminer les récoltes et notre travail à partir de ce moment là, c’est d’évaluer ces variétés que nous avons eu à suivre pour préciser leurs performances non seulement agronomiques, mais aussi technologiques qui vont venir après. C’est donc à la suite de cela que trois à quatre variétés parmi ce lot, vont être choisies pour les producteurs de la Vallée
Est-ce qu’il y a des possibilités de culture toute saison ?
Pour l’instant, par rapport aux testes que nous sommes entrain de faire, la culture du blé est réservée à la contre saison froide. Cela veut dire qu’avec à peu près des semis qui interviennent au mois de novembre, durant la période fraîche. Il faut également préciser que la science a beaucoup évolué. Il y a un centre de semis international qui travaille sur la question de l’amélioration de la culture du blé et du maïs au niveau du Mexique, qui, ces dernières années, travaille sur un certain nombre de variétés qui devraient être assez tolérantes par rapport aux températures élevées ou adaptées aux conditions de cultures intensives. On a aujourd’hui plus de 75 variétés qui sont en observation au niveau de Fanaye et qui sont indiquées pour les cultures intensives ; on va pouvoir en sortir quelques unes qui sont adaptées à la Vallée. Il y a aussi une quarantaine que nous avons obtenue et qui ont été sélectionnées pour leur tolérance aux températures. Après donc le matériel marocain qui est adapté pour la contre saison froide, on va essayer d’évaluer la capacité de ces variétés là.
La culture du blé présente-t-elle des contraintes phytosanitaires ?
Il faut dire qu’avec ce qu’on a fait cette année au niveau de Fanaye, les observations nous ont indiqué qu’il n’y avait pas, pour cette année, des contraintes phytosanitaires majeures, parce qu’après observation des différentes variétés, il n’a pas été constaté aucune application de produit phytosanitaire si ce n’est le traitement contre les mauvaises herbes. Mais cela ne veut pas dire qu’il n’y en aura pas plus tard, lorsqu’il va falloir faire la culture à grande échelle sur de grandes superficies au niveau de la Vallée. Il faudra s’y préparer. Cela veut dire que les différentes variétés que nous avons, devront être observées et cela relève de la compétence d’autres structures de recherche qui s’occupent de la protection des végétaux qui vont inéluctablement s’intéresser à cette question et proposer des mesures d’accompagnement. Et même s’il n’y a pas d’attaque, que l’on fasse une protection préventive, faire en sorte de protéger la culture.
Est-ce qu’on peut dire que le blé est en terrain connu ?
Il est très difficile de parler de terrain connu. Mais je rappellerai tout simplement que dans les années 70 voire 80, la recherche s’est intéressée à la question. Il y a même eu quelques tentatives d’introduction au niveau de la Vallée. Cela veut dire que du point de vue de l’expérience, le Sénégal avait senti l’intérêt que pouvait porter cette culture dans la Vallée. On connaissait à cette époque plusieurs variétés dont celle mexicaine qui était donc la plus recommandée. Donc historiquement, le blé, du point de vue scientifique, n’est pas inconnu, mais le Sénégal n’a jamais connu un développement assez fulgurant de cette culture pour occuper des superficies. Cela veut dire que quelque part, au niveau du transfert, de l’accompagnement et de l’engagement des décideurs à l’époque, il n’y avait pas eu le relais nécessaire pour pouvoir nous permettre une culture à grande échelle au niveau de la Vallée. Maintenant, ce qu’on est en train de faire est de revoir ces connaissances et on espère que dans quelques années les paysans de la Vallée et du Sénégal, seront capables de faire du blé, avec des performances qui avoisinent celles du riz.

Source : Le soleil du 16 avril 2008